Peindre (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

se conjugue comme Atteindre . XI e siècle. Issu du latin pingere , « couvrir de couleur », « ».

I. V. tr.
1. Couvrir une surface avec des couleurs, revêtir un objet d'une couche de couleur. Peindre un mur, une boiserie, un plafond. Peindre une pièce en blanc. Des façades peintes à la chaux. Peindre un meuble. Peindre au pistolet la carrosserie d'une voiture . Par méton. Tracer avec de la peinture des motifs, des inscriptions. Faire ses armoiries. Peindre des numéros. Peindre une frise . Spécialt. Au participe passé, adjt. Toile peinte, papier peint, toile, papier servant à l'ameublement, enduits de couleurs ou imprimés de motifs. Par anal. Péj. Pron. Se le visage, user de fards, de maquillage. Une femme outrageusement peinte .
2. . Disposer sur une surface des couleurs et des éléments graphiques, lignes, surfaces, formes, pour représenter, suggérer quelque sujet, ou pour répondre à une conception simplement esthétique. Suivi d'un complément indiquant la technique choisie par l'artiste, la façon dont il a travaillé. Peindre sur toile, sur bois, sur vélin. Peindre à fresque. Peindre à la gouache, à l'huile, à la cire, à la colle. Peindre en miniature. Peindre en trompe-l'œil. Peindre d'après nature, sur le motif. Une toile peinte dans la manière de, dans le goût de . Suivi d'un complément indiquant un certain type d'ouvrage ou un genre. Peindre un diptyque, un retable. Peindre des décors, un rideau de scène. Peindre un portrait, une nature morte, une marine. Cet artiste n'a peint que le portrait . Suivi d'un complément désignant le sujet que l'artiste veut représenter ou évoquer. Peindre un sujet mythologique, une Annonciation. Peindre un groupe d'enfants. Peindre les bords de la Marne. Peindre quelqu'un en pied, en buste. Il s'est fait en uniforme . Absolt. Apprendre à . Aimer . Au participe passé. L'œuvre gravé et l'œuvre peint de Rembrandt . Expr. Être à , se dit d'une personne, d'un spectacle dont on souhaiterait pouvoir reproduire la beauté, le caractère ; par ext., se dit de ce qui charme l'œil. Une femme faite à , ravissante. S'entend parfois par moquerie. Vous étiez à dans cet accoutrement !
3. Fig. Décrire, raconter, présenter quelque chose à l'esprit, d'une manière qui touche la sensibilité, l'imagination, avec un pouvoir évocateur. Ce moraliste a peint avec vérité les passions et leurs effets. Peindre la vie ouvrière dans une œuvre romanesque. Balzac a peint en Goriot l'aveuglement de l'amour paternel . Peindre les hommes , les décrire, en faire connaître le caractère. Dans cet éloge, ce personnage est peint trait pour trait. Selon La Bruyère, Corneille peint les hommes tels qu'ils devraient être. On nous l'a peint comme un homme d'honneur. Cette parole le peint tout entier , laisse paraître pleinement ce qu'il est, ce qu'il pense. Pron. Se , se décrire, se prendre pour sujet. Cet écrivain s'est peint dans son œuvre . Expr. fig. Peindre une personne, une chose en beau, en bien , l'embellir ou la montrer sous un jour favorable. On dit dans le sens contraire Peindre en mal .

II. V. pron. Se présenter à la vue ; paraître de manière manifeste. La surprise, l'inquiétude se peignit dans ses yeux, sur son visage .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme TEINDRE.) Couvrir quelque chose avec des couleurs. "Peindre un mur, une boiserie en rouge, en blanc, en gris, etc. Peindre une galerie, une chambre à l'huile. Peindre un plafond à la colle. Peindre la carrosserie d'une voiture." Par analogie, "Cette femme est vraiment trop peinte".
Il signifie aussi Représenter une personne, une chose, par des lignes et par des couleurs. "Peindre quelqu'un en pied, en buste, grandeur nature. Peindre quelqu'un en beau, en laid. Cette femme est difficile à . Il a fait toute sa famille. Il s'est fait en uniforme. Peindre une bataille, une prairie, une montagne, un morceau d'architecture". On l'emploie souvent absolument. "Peindre d'après nature. Peindre dans la manière, dans le goût de telle école, de tel maître. Peindre sur toile, sur bois, sur cuivre, sur ivoire, sur vélin, sur porcelaine. Peindre à l'huile, à l'oeuf, à fresque, à la détrempe, à l'aquarelle, au pastel. Peindre en camaïeu, en miniature, en émail. Peindre en trompe-l'oeil."
"Peindre le portrait, le paysage, etc.," Avoir pour genre de peinture le portrait, le paysage, etc.
"Peindre un plafond," Le décorer de figures ou d'ornements.
Fig. et fam., "Être à ," Être dans un costume, dans une posture singulière, ridicule. On peut aussi, mais moins fréquemment, le prendre dans un sens favorable.
"Toiles peintes," Certaines toiles où sont imprimés des figures, des paysages, des fleurs, des ornements, et qui servent à l'habillement des femmes, aux tentures et aux meubles.
"Papier peint." Voyez PAPIER.
PEINDRE s'emploie figurément et signifie Décrire, représenter quelque chose par des mots qui font image. "Personne n'a peint avec plus de vérité les passions et leurs effets. Ce personnage est peint trait pour trait dans ce discours. Il peint si vivement la colère, la douleur, la joie, la crainte, qu'il en inspire les sentiments. Peindre le vice avec les couleurs les plus propres à en donner de l'horreur. On nous l'avait peint comme un homme d'honneur. On nous le peignit des plus noires couleurs. Il nous a peint sa détresse, sa misère. Peints par eux-mêmes".
"Achever de ", se dit d'un Dernier trait qui s'ajoute à ceux qui nous font connaître quelqu'un et en complète la ressemblance. "Ceci achève de le . Pour l'achever de ".
SE PEINDRE signifie figurément Se traduire, se manifester. "La douleur, la joie, la colère, etc., se peignait dans ses yeux, dans ses regards, sur son visage. La candeur, l'honnêteté de son âme se peint dans ses moindres discours."
"Cet auteur se peint dans ses ouvrages," Ses pensées, son style font connaître son caractère et ses inclinations.



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Représenter une personne, une chose par des lignes et des couleurs. Peindre un homme, un arbre, un lion, un paysage.
DESC.: « Il est bien vrai que le concile de Latran a défini qu'on pouvait les anges.... »
VAUGEL.: « Alexandre voulut qu'il n'y eût qu'Apelle qui le peignît »
MOL.: « J'ai lu je ne sais où, qu'Apelle peignit autrefois une maîtresse d'Alexandre d'une merveilleuse beauté, et qu'il en devint, la peignant, si éperdument amoureux, qu'il fut près d'en perdre la vie »
SÉV.: « Quelle audace de vous faire ! je m'en réjouis, c'est signe que vous êtes belle »
P. LEBRUN: « Vierge qu'avec amour eût peinte Raphaël »
    Peindre l'histoire, le portrait, exécuter des tableaux qui représentent des sujets historiques, des portraits.
    Fig.
DIDEROT: « On dit que le temps peint les beaux tableaux [qu'il les embellit] »
    Absolument.
BALZ.: « Un vieux artisan comme moi a quelque honneur à perdre, et doit avoir soin de conserver la bonne opinion qu'on a de lui.... je ne veux plus , mais je veux encore moins barbouiller »
LA FONT.: « Avec plus de raison nous [lions] aurions le dessus [sur les hommes], Si mes confrères savaient »
VOLT.: « Il peignit comme Apelle, il chante comme Orphée »
DIDER.: « Vien dessine bien, peint bien ; mais il ne pense ni ne sent »
    Peindre à l'huile, avec des couleurs broyées et détrempées à l'huile.
ROLLIN: « L'invention de à l'huile n'a point été connue des anciens ; ce fut un flamand, nommé Jean van Eyk, mais plus connu sous le nom de Jean de Bruges, qui en trouva le secret, et qui le mit en usage au commencement du XVe siècle »
    Fait à , très bien fait.
LE SAGE: « C'était une fille de seize à dix-sept ans, faite à , vive et coquette »
    On dit aussi à , sans le participe fait.
SÉV.: « Un tour de visage et un menton à »
LE SAGE: « Il m'assura de nouveau que j'étais un cavalier à »
    Cet habit est fait à , il va à , il est bien fait et sied bien.
    Être à , être dans une posture, dans une attitude singulière, risible, ridicule.
IMBERT: « Vous étiez tous les trois à »
    Familièrement et fig. Achever de , donner le coup de grâce, consommer le désagrément, l'embarras, la ruine.
RÉGNIER: « Et la honte pour lors, qui me saisit le coeur, Pour m'achever de éteignit ma vigueur »
REGNARD: « Nous voilà bien achevés de »
    Fig. Manière de , manière d'agir en général, procédé (locution qui paraît appartenir à Mme de Sévigné ou du moins à sa société).
SÉV.: « Il [le duc de Luxembourg a été interrogé pendant quatre heures [pour l'affaire des poisons]... pour Mme la comtesse de Soissons, c'est une autre manière de : elle a porté son innocence au grand air [elle s'est enfuie] »
SÉV.: « Des traîtresses de douleurs qui reviennent quelquefois, et dont il faut se moquer, parce que c'est la manière de des rhumatismes »

 2   Peindre une galerie, un plafond, les orner par la représentation de diverses figures.

 3   Couvrir de couleurs. Peindre une boiserie, un mur en blanc, en gris.
    Par analogie. Farder le visage.
RAC.: « Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de et d'orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage »
    Teindre les cheveux, la barbe. Ce vieillard se peint la barbe et les cheveux.
GENLIS: « On prétend qu'elle se peint les sourcils »
    Fig.
CORN.: « Quitte, pour te forcer à deux ou trois soupirs, Et alors ton front d'un peu de déplaisir »

 4   Il se dit aussi des couleurs que répand la lumière.
MALHERBE: « Et les soleils d'avril peignant une prairie En leur tapis de fleurs n'ont jamais égalé Son teint renouvelé »
QUINAULT: « Le soleil peint nos champs des plus vives couleurs »
RACINE: « Vos yeux d'un nouveau jour peignirent l'horizon »
FÉN.: « Celle-ci [Iris], volant d'une aile légère, fend les espaces immenses des airs, laissant après elle une longue trace de lumière qui peignait un nuage de mille diverses couleurs »
DELILLE: « Tel, du haut de son char, le dieu de la lumière S'empare, en se montrant, de la nature entière, Et, sur tous les objets répandant ses couleurs, Peint les monts et les champs, et l'insecte et les fleurs »

 5   Écrire, former les lettres, les caractères.
BRÉBEUF: « C'est de lui que nous vient cet art ingénieux De la parole et de parler aux yeux »
    Absolument. Il peint si mal qu'on ne peut lire son écriture.
BOISSY: « J'orthographie.... Et peins trop mal, monsieur.... jamais je n'oserai »

 6   Terme de tapisserie. Faire le fond du papier, ce qui s'exécute avec des brosses rondes sans manche et montées de soies courtes.

 7   Fig. Décrire, représenter vivement par le discours.
CORN.: « Peignez mes actions plus noires que la nuit »
CORN.: « Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants »
SÉV.: « Nous avons fort parlé [avec l'évêque de Marseille] de toutes les affaires passées ; il me semble que je les ai peintes au naturel »
BOILEAU: « Rien n'apaise un lecteur toujours tremblant d'effroi, Qui voit en autrui ce qu'il remarque en soi »
RAC.: « Et j'ai peint à ses yeux le trouble de votre âme »
RAC.: « J'ai cru que je pouvais emprunter deux ou trois traits d'Hérodote pour mieux Assuérus »
RAC.: « Ils vous feront enfin haïr la vérité, Vous peindront la vertu sous une affreuse image »
LA BRUY.: « Corneille peint les hommes comme ils devraient être ; Racine les peint tels qu'ils sont »
LA BRUY.: « Sans que mon livre.... ne s'écarte du plan que je me suis fait d'y les hommes en général »
VOLT.: « Vous qui me l'avez peint [Polyphonte] de si noires couleurs ! »
VOLT.: « Plusieurs autres malheureux avaient péri dans les flammes par des arrêts principalement émanés de ce chancelier [Thomas Morus] qu'on nous peint comme si doux et si tolérant »
J. J. ROUSS.: « Hommes savants dans l'art de feindre, Qui me prêtez des traits si doux, Vous avez beau vouloir me , Vous ne z jamais que vous »
BARTHÉL.: « Eschyle peignit les hommes plus grands qu'ils ne peuvent être, Sophocle, comme ils devraient être, Euripide, tels qu'ils sont »
LAMART.: « Mais nous, pour embraser les âmes, Il faut brûler, il faut ravir Au ciel jaloux ses triples flammes ; Pour tout , il faut tout sentir »
    Peindre en, représenter comme.
CORN.: « Loin d'en baisser les yeux [d'une perfidie], l'orgueilleuse en fait gloire ; Elle nous l'ose en illustre victoire »
MOL.: « Et me jeter au rang de ces princes soumis, Que le titre d'amants lui peint en ennemis »
    Par extension.
D'ALEMB.: « Il s'en faut bien que je croie la musique capable de tout , je crois seulement qu'elle peut, par ses sons, nous mettre quelquefois dans une situation semblable à celle où nous mettent certains objets de la vue, et par là nous rappeler l'idée de ces objets »
    Fig. Peindre en beau, représenter les choses ou les personnes comme meilleures qu'elles ne sont.
COLLIN D'HARLEVILLE: « Vous, monsieur, qui peignez toutes choses en beau, Je vous défie ici d'égayer le tableau »
AL. DUVAL: « Il me paraît, comme vous me le disiez tout à l'heure, que ce n'est pas en beau que l'on vous a peint, monsieur de Richelieu »
    En un sens opposé, en laid, en mal.
    Absolument.
LA BRUY.: « Tout l'esprit d'un auteur consiste à bien définir et à bien : Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images »
LA BRUY.: « Hasarder de certaines expressions, user de termes transposés et qui peignent vivement »
FONTEN.: « Qui veut pour l'immortalité, doit des sots »

 8   Représenter l'image, imiter.
MOL.: « Contrefaire un comédien dans des rôles sérieux, c'est le par des défauts qui sont entièrement de lui »
BOSSUET: « Votre mémoire vous la peindra mieux avec tous ses traits et son incomparable douceur, que ne pourraient faire toutes mes paroles »

 9   Se , représenter à soi-même, s'imaginer.
RAC.: « Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue »

 10   Se , v. réfl. Faire soi-même son portrait. Voilà son portrait, c'est lui-même qui s'est peint.
    Fig. Faire la description de son âme, de son coeur.
PASC.: « Le sot projet qu'il [Montaigne] a de se ! »
RAC.: « Je ne veux point me avec trop d'avantage »
J. J. ROUSS.: « Je me peindrai tel que je fus, tel que je suis, le mal offusquera presque toujours le bien ; et malgré cela j'ai peine à croire qu'aucun de mes lecteurs ose se dire : je suis meilleur que ne fut cet homme-là »
    Cet auteur se peint dans ses ouvrages, c'est-à-dire ses pensées, son style font connaître son caractère et ses inclinations.
FÉN.: « Chacun se peint sans y penser dans ce qu'il écrit »
    Fig. S'achever de , se conduire de manière à se compromettre, à ruiner ses affaires, etc.
DESTOUCH.: « Ils vont s'achever de , et je ne serai pas en sûreté »
    S'achever de , se dit aussi d'un homme qui, après avoir beaucoup bu, recommence à boire et se grise tout à fait.

 11   Être peint, figuré comme par la peinture. Les objets se peignent au fond de l'oeil sur la rétine comme sur une toile.
BOSSUET: « Il n'y a qu'à présenter un objet [à un miroir], aussitôt il se peint lui-même, et cet admirable tableau ne dégénère, par aucun endroit, de l'original »
BERNIS: « Le ciel, de la terre amoureux, Se peint dans le miroir de l'onde »
A. CHÉN.: « Il regarde à ses pieds dans le liquide azur Se les coteaux, les toits et les feuillages »
    Fig.
LA FAYETTE: « La mort se peignit sur son visage [de Madame], et on la voyait dans des souffrances cruelles, sans néanmoins qu'elle parût agitée »
GENLIS: « À ces mots, le mécontentement le plus sévère se peignit sur le visage de Louis »
STAËL: « Qui pouvait la regarder sans être frappé de l'inspiration divine qui se peignait dans ses yeux ? »

 12   Poétiquement, être orné.
MALH.: « Et déjà devant lui les campagnes se peignent Du safran que le jour apporte de la mer »

REMARQUE
    J. J. Rousseau a dit : Et pour achever de me , Lett. à Mme de Warens, 23 oct. 1737. C'est une faute ; la locution est une phrase faite ; il faut dire m'achever de .

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CXXXV: Et cil escuz qui bien sont peinz à flors
    XIIème siècle
BENOIT: « Ausi cum l'on plastrit et teint La maisiere [muraille] sor quoi l'om peint »
     Machab. II, 2: À celui qui se efforce de paindre ço que covient à beauté....
    XIIIème siècle
     Berte, XII: Mieux [elle] ressemble [à] Bertain que ne peindroit peigniere [peintre]
JOINV.: « Sa galie ariva toute peinte dedens mer et dehors, à escussiaus de ses armes »
    XVème siècle
CH. D'ORL.: « Amoureux ont parolles paintes Et langaige frais et joly »
    XVIème siècle
J. MAROT: « Disant que plus n'avez laine sur dos, Et que rongée estes jusques aux os, Crucifiée, achevée de paindre »
MAROT: « ...Ou escouter la musique et le bruit Des oyselets paincts de couleurs estranges »
MAROT: « Tu peins ta barbe, amy Bruslard, c'est signe Que tu voudrois pour jeune estre tenu »
MONT.: « Quoyque je peigne insupportablement mal, j'aime mieulx escrire de ma main que d'y employer une aultre »
DESPORTES: « ....Mon coeur troublé de desirs inconstans Et d'espoirs enchanteurs qui m'ont fait si long-tans Battre l'air, en l'onde et fonder sur le sable »
H. EST.: « Aucuns aussi sont mis pour apprendre trois ou quatre mots de latin, en attendant qu'ils soient grandelets pour faire le voyage d'Italie, afin que là on acheve de les leurrer, ou, comme dit le proverbe, qu'on acheve de les »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, pôd, pond ; bourguig. poindre ; provenç. pegner, penher, pencher ; ital. pignere, pingere ; du lat. pingere ; sansc. piç, pinç, former, figurer.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Représenter une personne, une chose, par des lignes et par des couleurs. "Peindre un homme, un arbre, un lion. Il a fait son père, sa femme, ses enfants. Il s'est fait . On l'a peinte en Diane, en bergère. Vous voilà peint trait pour trait. Peindre quelqu'un en grand, en petit, en pied, en buste, à demi-buste. Peindre quelqu'un en beau, en laid. Cette femme est difficile à . Peindre une bataille, une prairie, une vallée, une montagne, un morceau d'architecture." On l'emploie souvent absolument. "Peindre d'après nature. Peindre dans la manière, dans le goût de telle école, de tel maître. Peindre d'idée, de mémoire, de pratique. Peindre sur toile, sur bois, sur cuivre, sur ivoire, sur vélin, sur porcelaine. Peindre à l'huile, à fresque, en détrempe, à l'aquarelle, en pastel, au pastel, en camaïeu, en miniature, en émail."
"Peindre l'histoire," Représenter des sujets historiques. On dit de même, "Peindre le portrait, le genre, le paysage, l'ornement, etc."
"Peindre une galerie, une chambre, un cabinet, un plafond, des lambris," Les embellir par diverses représentations de figures, par des arabesques, des ornements.
"Cet homme est fait à ," Il est très-bien fait. "Cet habit est fait à , il va à ," Il est bien fait et sied bien.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Couvrir simplement avec des couleurs, sans qu'elles représentent aucune figure. "Peindre un mur, une boiserie en rouge, en blanc, en noir, etc. Peindre une galerie, une chambre, un cabinet, etc., à l'huile, au vernis, à la colle. Peindre les roues et le train d'un carrosse. Il y a des sauvages qui se peignent le corps et le visage de plusieurs couleurs."
"Ce vieillard se peint la barbe et les cheveux," Il se les teint d'une couleur propre à le faire paraître plus jeune.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie figurément, et signifie, Décrire, représenter vivement quelque chose par le discours. "Il a peint admirablement les combats dans son poëme. Personne n'a peint avec plus de vérité les passions et leurs effets. Il peint bien ses personnages et leurs différents caractères. Il peint si vivement la colère, la douleur, la joie, la crainte, qu'il en inspire les sentiments. Peindre le vice avec les couleurs les plus propres à en donner de l'horreur. On nous l'avait peint comme un homme d'honneur. On nous le peignit des plus noires couleurs. Il nous a peint sa détresse, sa misère."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, tant au propre qu'au figuré. "Voilà son portrait, c'est lui-même qui s'est peint. Les objets se peignent sur la rétine, sur la glace d'un miroir, sur la surface de l'eau, sur la surface d'un corps poli. La douleur, la joie, la colère, etc., se peignait dans ses yeux, dans ses regards, sur son visage. La candeur, l'honnêteté de son âme se peint dans ses moindres discours."
"Cet auteur se peint dans ses ouvrages," Ses pensées, son style font connaître son caractère et ses inclinations.
Prov., "S'achever de ," se dit D'un homme qui se conduit de manière à compléter sa ruine, son déshonneur. Il se dit aussi D'un homme qui, après avoir beaucoup bu, recommence à boire.
"Pour nous achever de ".... et "Voilà qui nous achève de ," se disent de même en parlant D'un malheur ou d'un embarras nouveau qui vient accroître d'autres embarras ou d'autres malheurs.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Écrire, former les lettres, les caractères. "Il peint bien. Il peint mal. Il peint si mal, qu'on ne peut lire son écriture."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

PEINTRE, s. m. PEINTûRE, s. f. [1re lon. dern. "e" muet, 3e lon. au dern.] "Peindre", c'est représenter un objet par les traits et les couleurs. "Peintre", celui qui fait profession de . = "Peintûre", l'art de , ou l' ouvrage du Peintre. '"Peindre sur" toile, "sur" bois, "sur" cuivre. "Peindre en" huile, "à" l'huile, "à" fresque, "en" détrempe, "en" pastel, "en" miniatûre, "etc." "Peindre une" batâille, "un" morceau d'architectûre. "Peindre un" homme, faire son portrait. = Bon, grand, excellent "ou" mauvais "Peintre". "Peintre en" émail, "en" miniature, sur verre, "etc."
- 'Il s'adone "à la peintûre": il excelle dans "la peintûre".
- 'Il y a "de" belles "peintûres" dans ce palais. "Remarquez" que "peintûre" ne se dit guère que de ce qui est peint sur les murailles "ou" sur un ouvrage de menuiserie. "Tableau" se dit de ce qui est peint sur toile, bois ou cuivre, et qui peut être transporté: 'Les "peintûres" de ce salon, de cette galerie sont admirables: il y a aussi de très-bons "tableaux".
   "Rem." Ces mots se disent élégamment au "figuré" d'une vive description et représentation faite par le discours en vers, ou en prôse. '"Fontenelle" plaisoit, amusoit, au lieu de toucher et d'instruire: il décrivoit, au lieu de "peindre". ANN. LITT. 'Homère est "un grand peintre". 'Ce Poète, cet Orateur excelle dans "la peintûre des" passions. = "Se ", se représenter. 'Jamais les délices de l'Île (frivole) ne "se peignirent" à nos marins si vivement. "Coyer". = Se montrer sensiblement: 'Une joie calme "se peint" sur son front. "Jér. Dél." = Les objets "se peignent sur" la glace d'un miroir, "sur" la surface de l'eau, ils y sont représentés au naturel.
- "Se dans ses ouvrages", y doner à conaître son caractère, ses inclinations. = "Fait à " (st. famil.) parlant d'un homme, "bien fait", parlant d'un habit, "qui est bien fait", "qui sied bien".
   PEINTRE est de deux genres. 'Mlle. de... "peintre" en miniatûre. "Journ. de Paris".
   "En peintûre", adv. En aparence, en idée, non en réalité. 'Roi, riche "en peintûre". l' expression n'est pas~ fort noble.
   J'y régnerai, Madame, et sans lui faire injure,
   Puisque le Roi veut bien n'être "Roi" qu'"en peinture".
       Corn. "Nicom."




Emplacement dans le dictionnaire :

peigner
peignerie
peigneur
peignier
peignoir
peignon
peignures
peilles
peinant

peiné
peine
peiner
peint
peintre
peinture
peinturé
peinturer
peintureur
peinturlurer
péjoratif




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...LIVRE (VII) ô mon esprit en feu, que vous me décevez ! Comment de pauvres yeux sauraient-ils vous atteindre ? J'ai vu ces sables blancs et ces rochers crevés, retraite désirée : ils ne sont point à peindre. Mais qu'il se trouve ailleurs un ciel aérien où des caps sourcilleux lèvent un front superbe, quoi ! Mon esprit, pour vous le plus rare n'est rien : c'est la même beauté que vous mangez en herbe....


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...des milliers de petits poissons dont les couleurs ne peuvent se comparer qu'à celles des pierres précieuses ou des colibris : des rouges de géranium, des verts chinois, des bleus qu'on ne saurait peindre, -et une foule de petits êtres bariolés de toutes les nuances de l'arc-en-ciel, -ayant forme de tout excepté forme de poisson... le jour, aux heures tranquilles de la sieste, absorbé dans mes...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...de la peine. CHAPITRE XXVII en mer, mai 1877. depuis deux jours, la grande voix sinistre gémissait autour de nous. Le ciel était très noir ; il était comme dans ce tableau où le poussin a voulu peindre le déluge ; seulement toutes les nuées remuaient, tourmentées par un vent qui faisait peur. Et cette grande voix s'enflait toujours, se faisait profonde, incessante ; c'était comme une fureur qui...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...enfant au milieu d'eux tous, je poussais comme un petit arbuste trop soigné en serre, trop garanti, trop ignorant des halliers et des ronces... CHAPITRE VIII on a avancé que les gens doués pour bien peindre (avec des couleurs ou avec des mots) sont probablement des espèces de demi-aveugles, qui vivent d'habitude dans une pénombre, dans un brouillard lunaire, le regard tourné en dedans, et qui alors,...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...moins sages d'entre elles, au lieu d'en faire parade, auraient une pudeur à la laisser voir. Non, ce sont les raffinés des villes qui attachent tant d'importance à ces choses pour les mouler ou les peindre... elle se mit à défaire les espèces de colimaçons en cheveux qui étaient enroulés au-dessus des oreilles, et les deux nattes tombèrent sur son dos comme deux serpents très lourds. Elle les...


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